Le sushi de proust

le sushi de proust JP
 

Samedi 28 avril 2007

 
"Super Express 109" a.k.a. "The Bullet Train"
de Junya Sato
avec Ken Takakura, Sonny Chiba
DVD : Optimum Home Entertainment (UK)
Après "The Man Who Stole the Sun" (cf. SP n ° 11) voici un autre exemple de film japonais abordant le terrorisme sous un angle plus proche du drame humain que du film d'action. Niveau casting, "Super Express 109" fait dans le haut niveau : on retrouve le castagneur Sonny Chiba dans le rôle du conducteur du train (un beau contre emploi) et le grand Ken Takakura dans le rôle du terroriste. Contre toute attente, pas de duel à mains nues entre les deux stars, mais un duel contre la montre pour les 1500 passagers du Super express 109.
Ken Takakura et ses amis ont mis une bombe à bord du train, prête à exploser si ce dernier ralentit en deçà de 80 km/h. Ca vous rappelle quelques chose ? : "Speed" (1994), au pitch complètement pompé sur "Super Express 109". "Super Express 109" entretient également une relation forte avec un autre film américain : "The Taking of Pelham 1,2,3" de Joseph Sargent (1974) et son métro pris en otage.
La boucle bouclée, je peux maintenant parler des grandes qualités du film de Junya Sato, qui aborde de façon originale les personnages des terroristes, focalisant l'histoire sur leurs relations plutôt que sur le sort des 1500 passagers. On en vient presque à espérer qu'ils échappent aux griffes d'une police maladroite et expéditive. Par contre, pour pouvoir apprécier cet aspect de "Super Express 109", il faut le voir dans sa version originale de 2h30 et non dans son montage de 1h30 au doublage français anti gauchiste.
Comme d'habitude, cette superproduction japonaise est garnie d'une BO du tonnerre.
Hachiro Aoyama livre une partition proche des expériences électroniques 70's d'Herbie Hancock et celles de Dave Grusin pour "Les Trois Jours du Condor".
Vous avez l'eau à la bouche ? Normal, "Super Express 109" est une bombe !

par SHYSTRAK publié dans : Film
Dimanche 4 mars 2007

 
The Man Who Stole the Sun (1979)
de Kazuhiko Hasegawa
avec Kenji Sawada, Bunta Sugawara
Amuse Soft Entertainment
"The man who stole the sun" est un film de fou, subversif et anarchiste qui prend le risque de parler de la bombe atomique du point de vue japonais avec une ironie totale. Wouuuu ! C'est pas rien non ?
Voici en quelques mots l'histoire : Un jeune prof de science surnommé "chewing gum", aide héroïquement la police lors d'une prise d'otages dont sont victimes ses élèves. Il en ressort plus solitaire que jamais et se met à construire la seule chose pouvant attirer l'attention du monde entier : une bombe atomique. Il vole donc du plutonium, finalise sa bombe, et lance ses ultimatums au gouvernement : "Pas de pub pendant le match de base-ball de ce soir, sinon la bombe explose", "Faire venir le groupe prohibé par le gouvernement : les Rolling stones … sinon la bombe explose"
Dans le rôle du terroriste anarchiste, Ken Sawada, cheveux longs, look de djeuns, mâchant toujours un chewing gum, sa performance est aussi hallucinante que décalée, face à lui en flic "Dirty Harry" l'énorme Bunta Sugawara ("Bataille sans code d'honneur").
Ce duo mélancolique symptomatise l'incompréhension entre le Japon et sa jeunesse Post-Hiroshima, soit en gros : "l'état ne comprend pas les désirs de ses jeunes !".
Avec un tel sujet, il n'est pas étonnant de retrouver au scénario de ce bijou de cinéma, Leonard Schrader, le frère de Paul Schrader, l'auteur de Taxi Driver. "Chewing Gum" représente l'alterego japonais de Travis Bickle ! A n'en point douter !
De son côté, pour mettre en image ce pamphlet, Kazuhiko Hasegawa s'inspire autant du manga que des comics américains, et crée un patchwork visuel et ludique passionnant, sur fond de musique romantique et groovy orchestrée par Takayuki Inoue.
Bref, que ceux qui gèrent les sous-titres anglais se jettent sur l'édition DVD Japonaise de ce film indispensable !

par SHYSTRAK publié dans : Film
Mardi 3 octobre 2006

 
Sex and Fury (1973)
de Norifumi Suzuki
avec Reiko Ike
Panik House Entertainment
Si la rentrée vous fout le cafard, il y a un remède à la morosité. Il s'appelle Norifumi Suzuki. L'Etrange Festival ne s'y est pas trompé en lui consacrant un hommage cette année. Durant les années 70, notre homme a cassé la baraque avec des films d'exploitation violents, sexy et contestataires dont les actrices cultes furent Reiko Ike (Sex & Fury), Miki Sugimoto (Le Pensionnat des jeunes filles perverses) & Yumi Takigawa (Le couvent de la bête sacrée).
Du lot, "Sex & Fury" est le plus romantique et un des plus cultes. Reiko Ike y joue Miss Ocho, femme Yakusa redoutable et justicière. Dans cet épisode de la série des "Female Yakuza", Miss Ocho va affronter des clans en cheville avec des politiciens véreux."Sex & Fury" manie avec habilité, érotisme, romantisme, chambara et espionnage, en plus le film bénéficie d'un atout de luxe : la suédoise Christina Lindberg. Cette actrice aux formes généreuses est rentrée dans l'histoire du cinéma bis, grâce à "Thriller - a cruel picture ".Une histoire de vengeance proche des préoccupations de Norifumi Suzuki, l'humour en moins, le porno en plus. Car si Norifumi Suzuki sait être généreux avec les fans de bis et dresser le portrait de femmes fortes, il sait aussi être drôle et irrévérencieux. "Le Pensionnat des jeunes filles perverses " (1973) en est un bel exemple. Ce film de lycéennes rebelles devant affronter le joug d'une école fasciste est à mourir de rire. Le final où elles arrosent les CRS du coin à coups de lance d'incendie, vaut tout l'or du monde.
Voilà, si vous avez loupé les projections de l'Etrange festival, sachez que "le couvent de la bête sacrée" est disponible par chez nous et qu'en zone 1 c'est le paradis avec les DVD de la série "Pinky Violence".

par SHYSTRAK publié dans : Film
Dimanche 6 août 2006

Le Cimetière de la morale ( 1975 ) de Kinji Fukasaku
DVD : Wild Side Video 
Encensé par Tarantino et Friedkin, Fukasaku est plus que l'auteur de Battle Royale, il est le créateur d'un style de polar 70's réaliste dont les héros sont des Yakusas perturbés et anarchistes, essayant de se faire une place dans l'enfer du Japon d'après Guerre. Juste après son chef d'œuvre coup de poing "Combat sans code d'honneur", Fukasaku va encore plus loin dans la noirceur avec "le cimetière de la morale" inspiré de la vie du yakusa Rikio Ishikawa (joué par le fabuleux et fantomatique Watari Tetsuya). La mise en scène énervée de Fukasaku suit pendant 1h30 ce héros romantique et fou qui n'a de cesse de brûler les codes du milieu sans raison valable. Il tue sur un coup de sang, élimine ses soi-disant amis et son boss, mettant à chaque action la société face à ses paradoxes et à son hypocrisie. Au-delà de sa vulgarité et de sa sauvagerie Ishikawa est un magnifique personnage romantique qui dans son jusque-boutisme rejoint le Scarface de Paul Muni et Al Pacino. (sa relation avec une prostituée quasi muette qui sacrifie sa vie pour lui…que c'est beau !). Il faut tout le savoir-faire et le talent de Fukasaku pour rendre ce parcours, à la fois expérimental, chaotique et tendu, la caméra de Fukasaku ne reprend son souffle qu'au moment du saut de l'ange final ! Bien sûr comme à son habitude la BO est crados et funky, les guitares wah wah se fracassent contre les cuivres suraigus, tout ça grâce au génial Toshiaki Tsushima.
Wild Side (ce magnifique éditeur) a ressorti 4 polars du Fukasaku's Style pour moins de 15 euros ! Une affaire ! A vos CB !

par SHYSTRAK publié dans : Film
Samedi 6 mai 2006

RONINS & YAKUZA
Coffret de HIDEO GOSHA (2005)
DVD : HK Video
Ce magnifique coffret Ronins & Yakusa, plus encore que la relation Kurosawa-Leone, met en évidence la parenté du cinéma italien et japonais…et oui…pourquoi ?…petite recherche en profondeur : Mis à part Alain Delon, peu de points communs en surface. Plus loin, les ressemblances vous claquent aux yeux. D'une le western spaghetti est un dérivé du Chambara par leurs ambiances crépusculaires les films de Sergio Sollima, Giulio Questi ou Sergio Corbucci ont un écho direct avec ceux de Hideo Gosha, Kenji Misumi ou Kihachi Okamoto. Leurs héros torturés et solitaires, l'esthétique baroque, les duels et leurs musiques plus qu'exceptionnelles. Les influences allant dans les deux sens durant leur période faste (60-70's). Exemple : la série des Zatoichi dont les derniers épisodes portent la marque d'une forte influence spaghetti : A voir "La blessure" (1971) de Shintaro Katsu. Comme par magie la réponse italienne ne tarde pas, un justicier aveugle troque le flingue pour le pistolet dans "Blindman" de Fernandino Baldi (1973). En ce qui concerne le polar ou le fantastique, les liens sont moins évidents, même si Seijun Suzuki et ses délires colorés titillent les flans du grand Mario Bava. Ou encore un polar comme "Quartier Violent" (cf coffret) par son nihilisme croise sur sa route les sublimes "Il boss" & "Milan Calibre 9" de Fernando Di Leo, chacun ayant en bagage les efforts de notre Jean-Pierre Melville National (je tiens mon Alain Delon).
Niveau musique, le croisement sushi-spaghetti ne fait pas un pli. Expérimental, Funky, Bossa, Mambo, Sexy …..pour nourrir les platines quelques noms dans le désordre mais bourrés de génie : Stelvio Cipriani, Carlo Rustichelli, Bruno Nicolai, Ennio Morricone, Piero Piccioni, Isao Tomita, Toshiaki Tsushima, Hajime Okumura, Masaru Satô, Hideaki Sakurai.Soit deux cinémas qui groovent, qui tapent à l'œil et qui révèlent de beaux plaisirs cachés dans leurs contrées érotiques…la suite au prochain épisode.

par Dj SHYSTRAK publié dans : Film
 
 
 
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